Paysage animé au château
Plume et encre noire sur papier
H. 10 ; l. 23 cm
« Outre l’exercice de la gravure, Gabriel Pérelle le père, de même que son fils, excellait à dessiner le paysage à la plume, et l’on voit de leurs ouvrages faits de cette sorte, qui ne sont pas moins terminés que ce qu’ils ont gravé. »
Mariette Pierre, Abecedario, vol. IV, 101
Notre dessin représente un château, présentant un corps central qui évoque l’esprit du XVIIe siècle, entouré de fortifications et de tours d’époque médiévale. Il se dresse sur un éperon rocheux entouré d’eau, relié au rivage par un pont-levis. Des volutes de fumée s’échappent de la terrasse à droite, suggérant une bataille.
Au loin sur la gauche, on observe des reliefs montagneux au-devant desquels se détache la silhouette d’une ville. On peut également distinguer d’autres bâtiments, ainsi qu’une autre forteresse en arrière-plan, du côté droit.
Quelques personnages, silhouettes esquissées, délicatement effilées, peuplent la scène. Un homme assis contemple le paysage au premier-plan, avec à ses côtés un pêcheur, s’approchant du rivage, tandis qu’un autre s’engage sur le chemin qui mène au château. Un petit voilier file sur les eaux, en s’éloignant de la forteresse.
On retrouve ici de nombreux éléments typiques de l’œuvre des Pérelle. Tout d’abord, le format oblong du dessin, qui est celui très majoritairement utilisé, ainsi que l’usage de la plume qui permet une ligne fine et élégante. Enfin, on note la présence de hachures fines et régulières qui rehaussent les ombres et donnent du relief aux éléments du paysage.
Dessinateurs, graveurs et peintres prolifiques, Gabriel (c.1604-1677) et ses fils Adam (1638-1695) et Nicolas Pérelle (1631-1695), comptent parmi les plus grands maîtres de l’art du paysage français du XVIIe siècle. Gabriel et Adam se spécialisent dans les paysages animés, champêtres, lacustres et maritimes, scènes de batailles terrestres et navales, vues de palais, forteresses et jardins, etc., toujours avec une grande minutie et délicatesse. S’ils réalisent de nombreuses vues de monuments français et étrangers que l’on peut facilement identifier, d’autres sont le fruit de leur imagination, empruntant des éléments d’architecture et de paysage pour créer des compositions fantaisistes, les capricci. Les dessins, rares sur le marché, étaient des travaux préparatoires destinés à la gravure.
L’influence du classicisme italien et français, de Poussin et du Lorrain, est omniprésente dans l’art des Pérelle, de même que certains éléments empruntés aux Pays-Bas. Cette combinaison donne à leurs œuvres une élégance décorative qui anticipe l’art du XVIIIe siècle, lorsque le succès des paysages, cappricci et veduti, sera à son apogée, représenté par des artistes tels qu’Hubert Robert.
L’ancienne attribution à Israel Silvestre, n’est pas sans fondement. Ce contemporain et émule des Pérelle, a dessiné et gravé beaucoup de paysages, châteaux et fortifications, dans un style assez proche du leur.
Quant aux travaux du père, Gabriel Pérelle et de son fils, Adam, ils se confondent autant dans leurs dessins que dans leurs gravures. Le style du père apparaît cependant plus délicat que celui de son fils et élève, qu’on qualifie de plus robuste.
Très bon de conservation. Monté sous passe-partout. Porte une ancienne inscription « Israël Silvestre » sur le montage. Vendu dans un cadre en bois doré.
Bibliographie générale :
Röthlisberger Marcel, « The Pérelles », in Master Drawings, vol. 5, N°3, automne 1967, p. 283-333.

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